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Foyer(s)

il y a 10 minutes
3 min de lecture





AN I_M10_J25 — Calendrier des phénomènes — Couvre-feu macroniste. Winter is (brutalement) coming. Tout aussi brutalement, les chiffres déclinent l’insensé du pays : 2,9 millions de logements vacants en France (Insee, Parc de logements au 1er janvier 2026, publié le 30 septembre 2026) ; 350 000 personnes sans domicile (Fondation pour le logement des défavorisés, L'État du mal-logement en France 2026, février 2026).


Foyer d’accueil.

Foyer de travailleurs, d’étudiants.

Foyer d’hébergement.

Foyer fiscal.

Foyer d’une épidémie.

Foyers de la colère.

Foyers d’insurrection.

(…)


Ce qui protège&là d’où vient une menace.


Joachim Du Bellay, ses Regrets… « Mille soucis mordans je trouve en ma maison »* teinté de « il faut que tu respires … et c’est rien de le dire »* de Mickey 3D (du moins, entre quatre murs, ça peut se tenter).


De la fenêtre du salon de l’hôtesse, au 5e étage d’une rue en sens unique, AT(h)OME contemple le CHRS de la CASVP. Dans les conversations courantes, (sans excès de chaleur) on dit « le foyer », « les gens du foyer ». Le foyer du 5-5 bis de la rue S. - sans trop savoir qui sont celles et ceux-là qui y sont hébergé.es. On peut aussi parler du parti pris architectural : une mixité fonctionnelle afin de faire coexister logements familiaux, petite enfance et hébergement social. Et de cette légère étrangeté d’un bâtiment qui penche vers l’arrière. En 1995, quand le foyer portait encore le nom de George Sand, 92 jeunes « occupèrent » le lieu pour revendiquer le droit d’y rester plus d’une semaine.


Retour au présent. Quelques pigeons (les volatiles, pas une métaphore) plongent du 6e étage de « l’Exodus »*. Piquent vers les plants de la ferme urbaine.


Sur le banc public de la rue, l’échoué de la nuit a disparu. Laissant, comme d’habitude depuis cet été, ces deux gros sacs Tati, protégés tant bien que mal de sacs à poubelles gris. L’autre résident de la rue, qui quant à lui squatte à même le sol, dans le renfoncement du foyer, a lui aussi levé le camp — sans rien laisser de lui. Deux formes de présence dans l'absence, deux manières de marquer — ou non — un territoire. D’eux non plus, on ne sait rien.


La clope est fumée. Fenêtre se referme. Focus _ foyer matériel, feu domestique. Un certain froid persiste. La conscience n’a pas de double vitrage. Qu’est-ce qui alimente, qu’est-ce qui fait combustible pour le feu quotidien ?  Le foyer d’At(h)ome  est-il aujourd’hui là où sont hébergés ses chats ? Là où elle peint et écrit ? Est-ce au creux de sa mémoire ? Quand au fond du canapé, l’enfant était enfant et se réjouissait de regarder pour l’énième fois Le Château ambulant et de rire avec l’esprit chauffant de la demeure, Calcifer…


Démon / Étoile filante échouée sur terre.


Le seul foyer possible serait-il donc un cœur ? L’espace du poème, une assignation à résidence volontaire… Ou dans la rue, mais ensemble.







* Passages de l’étoile : 


Joachim Du Bellay, Les Regrets, sonnet CXXX, Belin/Gallimard, 2022 (édition originale : Frédéric Morel, 1558).

Mickey 3D, Respire, 2003

Rem Koolhaas et al., Exodus, or the Voluntary Prisoners of Architecture, 1972

Hayao Miyazaki, Le Château ambulant, 2004

Diana Wynne Jones, Le Château de Hurle, Ynnis Éditions, 2020, traduction d’Alex Nikolavitch (édition originale : Howl’s Moving Castle, Greenwillow Books, 1986).


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